Macron contre les médias américains

“J’ai horreur d’être décrit avec des mots qui ne sont pas les miens”, m’a dit M. Macron. Après une série de plaintes de lecteurs et un appel furieux du bureau de M. Macron, le Financial Times a retiré l’article de son site internet — un événement sans précédent, dans les souvenirs de Kristina Eriksson, une porte-parole du quotidien. Le lendemain, le journal publiait une lettre de M. Macron qui attaquait l’article retiré du site.

Fin octobre, Politico Europe a également supprimé une chronique, “La laïcité, dangereuse religion française”, commandée à un sociologue français. L’article s’est attiré les foudres des critiques, qui accusaient l’auteur de rendre les victimes responsables du terrorisme. Mais la suppression-éclair a amené l’auteur à se plaindre de “censure pure et simple”. Le rédacteur en chef de Politico Europe, Stephen Brown, a dit que l’article avait été publié à un moment inopportun, mais qu’il s’était excusé auprès de l’auteur de l’avoir retiré sans explications. Il n’a pas mentionné d’erreurs particulières. C’était aussi la première fois, selon lui, que Politico retirait un article d’opinion.

Mais les objections françaises vont au-delà de ces articles d’opinion et portent aussi sur le journalisme plus prudent qui interroge les politiques gouvernementales. Une analyse sceptique de ces dernières dans le Washington Post par son correspondant parisien James McAuley — “au lieu de s’attaquer au racisme systémique, la France veut ‘réformer l’Islam’” — a été vivement critiquée pour avoir évoquer l’idée que, “au lieu de s’occuper de l’aliénation des musulmans français”, le gouvernement français “cherche à influencer la pratique d’une religion de 1.400 ans”. Le New York Times a pointé le contraste entre la réponse idéologique de M. Macron et le discours plus “conciliant” du chancelier autrichien après une attaque à Vienne, et a noté que les jeunes hommes isolés qui commettent des attentats ne font pas forcément partie des réseaux terroristes sur lequel le gouvernement se focalise. Dans les pages Opinions du New York Times, un article demandait tout bonnement, “La France alimente-t-elle le terrorisme en essayant de l’éradiquer?”.

Et puis, bien sûr, il y a les tweets. L’agence Associated Press a supprimé un tweet qui s’interrogeait sur la colère que la France “incite” dans le monde musulman, disant que le mot avait été mal choisi pour un article qui expliquait la colère contre la France dans le monde musulman. Le New York Times s’est pris une volée de bois vert sur Twitter et dans les pages du Monde pour un titre — resté très peu de temps en ligne pendant le chaos qui a suivi l’attentat — “La police française tire sur un homme et le tue après une attaque meurtrière au couteau dans la rue”. Le titre du New York Times a été modifié dès que la police française a confirmé les détails de l’attentat, mais la capture d’écran est restée.

“C’est comme si on était sur les ruines fumantes de Ground Zero à dire qu’ils l’avaient bien cherché”, s’est plainte Anne-Sophie Bradelle, la porte-parole de M. Macron, au quotidien Le Monde.

Comme le sait tout observateur de la politique américaine, il peut être difficile de faire la différence entre l’outrage théâtral et les concours d’insultes sur Twitter et des véritables différences de valeurs. Pour M. Macron, cependant, il y a des questions fondamentales au cœur du sujet.

“Je pense qu’il y a une forme d’incompréhension de ce qu’est le modèle européen, en particulier le modèle français”, analyse-t-il. “La société américaine a été une société ségrégationniste et elle a bâti ensuite un modèle multiculturaliste qui est au fond la coexistence d’ethnies et de religions côte à côte”.

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